L’effet des plantes et de la lumière du jour artificielle sur la santé et le bien être

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L’effet des plantes et de la lumière du jour artificielle sur la santé et le bien être

L’effet des plantes et de la lumière du jour artificielle sur la santé et le bien être

Les civilisations urbaines occidentales et orientales supposent depuis des siècles que le contact visuel avec des plantes et autres éléments naturels pourrait stimuler le bien-être psychologique et exercer des effets bénéfiques sur l’homme (Ulrich et Parsons, 1992).

Le premier intérêt politique avéré envers le besoin de verdure éprouvé par l’homme remonte à l’époque de l’urbanisation de la Rome antique. Alors que la ville devenait de plus en plus bruyante et surpeuplée, les habitants se plaignaient de leur vie très stressante. Ils s’aperçurent que la campagne ou les jardins de Rome étaient les seuls endroits susceptibles de leur apporter une véritable détente (Grahn, 1994).

Aujourd’hui, les plantes d’intérieur et d’extérieur sont très présentes dans les environnements urbains. Les tentatives visant à tester l’effet des plantes sur le bien-être humain ne sont toutefois que très récentes.

Si des études scientifiques pouvaient démontrer de manière convaincante les effets bénéfiques des plantes sur la santé et le bien-être humains, les plantes pourraient recevoir un intérêt accru, voire occuper une place plus importante au rang des priorités, de la part des décisionnaires et du public en général, et l’utilisation de plantes d’intérieur dépasserait ainsi la fonction purement ornementale.

Des études ont donc été initiées en Norvège il y a quelques années afin de déterminer la mesure dans laquelle les plantes vertes d’intérieur affectent la santé et le bien-être des individus qui passent la plupart de leur temps de travail à l’intérieur.

Expériences

Étude 1. Effets de plantes d’intérieur sur les symptômes de maladie et d’inconfort parmi le personnel de bureau

Une étude croisée a été menée dans 51 bureaux : une période avec plantes et une période sans plante. Tous les participants travaillaient dans des bureaux individuels identiques, d’une superficie au sol de 10 m2, avec une fenêtre couvrant la majeure partie du mur extérieur. Les participants ont été exposés à 13 plantes à feuillage ordinaires, réparties dans trois bacs sur l’appui de la fenêtre et un bac en terre cuite dans le coin arrière du bureau.

Toutes les deux semaines sur deux périodes de trois mois pendant les printemps 1995 et 1996, les participants ont complété un questionnaire de 12 questions portant sur des symptômes de maladie et d’inconfort. Les scores devaient refléter les problèmes ressentis le jour où le questionnaire était rempli. Chaque symptôme recevait l’un des scores suivants : 0 (aucun problème), 1 (problèmes mineurs), 2 (problèmes moyens) et 3 (problèmes graves).

Il fut constaté que le score total ramené à la moyenne de 12 symptômes était de 23% inférieur pendant la période où les participants avaient des plantes dans leur bureau. (Le score total moyen était de 7,1 pendant la période sans plante, contre 5,6 pendant la période avec plantes (P=0,002)).

L’intervention des plantes a réduit des plaintes comme la toux et la fatigue, respectivement de 37% et 30%, tandis que les niveaux rapportés de gorge sèche ou enrouée et de démangeaisons ou peau sèche sur le visage diminuèrent chacun d’environ 23% (Fig. 1).

Le regroupement des symptômes a permis d’observer une réduction significative des symptômes neuropsychologiques et des symptômes relatifs aux muqueuses, tandis que les symptômes cutanés semblaient non affectés par l’intervention de plantes (Fjeld et al. 1998)

Fig. 1. Pourcentage de réduction des plaintes concernant 12 symptômes de maladie et d’inconfort pendant la période. *: Réduction significative (Seuil de signification 5%). (Fjeld et al. 1998).

Étude 2. Effets des plantes d’intérieur associées à la lumière fluorescente à spectre complet sur les symptômes de maladie et d’inconfort auprès du personnel du département radiologie d’un hôpital

Des informations sur 12 symptômes distincts de maladie et d’inconfort ont été prélevées parmi 48 employés. L’information fut collectée au moyen d’un questionnaire (identique à l’étude 1) à quatre reprises, en septembre et octobre 1997, afin de déterminer le niveau de santé des employés avant l’intervention.

Le lieu de l’étude était un local d’environ 80 m2 sans fenêtre ni lumière naturelle. La pièce servait à l’examen de clichés radiographiques.

A la mi-novembre, la pièce fut aménagée comme suit : répartition dans la pièce de 23 unités/bacs contenant une ou plusieurs plantes d’intérieur ordinaires à feuillage. Les sources lumineuses au plafond et dans les négatoscopes ont été changées en lumière fluorescente à spectre complet (True-Lite de Duro-Test). Les informations portant sur la santé et l’inconfort ont été récoltées à 5 reprises entre novembre et février.

Une diminution de 25% des plaintes a pu être observée après l’introduction des plantes dans la pièce et le passage à la lumière à spectre complet (le score total moyen étant de 9,0 avant l’intervention, pour 6,7 après l’intervention, (P= 0,001)), avec des effets significatifs sur les symptômes suivants en particulier: fatigue, sensation de tête lourde, mal de tête, gorge sèche ou enrouée et symptômes cutanés sur les mains.

Le regroupement des sujets en fonction du temps de travail passé dans le local résulta en une diminution de 34% des plaintes parmi les employés qui passaient la majeure partie de leur journée dans la pièce, contre 21% et 17% respectivement parmi ceux qui travaillaient environ 50% ou moins de 40% dans le local.

Tableau 1. Score moyen des 12 symptômes. Les scores portent sur les symptômes de maladie et d’inconfort éprouvés personnellement le jour même où le questionnaire a été complété. Nombre de sujets: 48. 0=aucun symptôme, 1= symptômes mineurs, 2=symptômes moyens, 3=symptômes graves.

Symptôme Avantintervention Après intervention Valeur P Changement en % après intervention
Fatigue 1,24 0,84 0,001 -32
Sensation de tête lourde 1,16 0,78 0,004 -33
Mal de tête 0,72 0,40 0,009 -45
Sensation de vertige 0,20 0,15 0,297 -25
Problèmes de concentration 0,40 0,41 0,778 2,5
Démangeaisons et irritations oculaires 0,66 0,56 0,298 -15
Nez irrité/bouché ou qui coule 0,81 0,72 0,589 -11
Gorge sèche, enrouée 0,97 0,76 0,0009 -22
Toux 0,34 0,21 0,84 -38
Peau du visage sèche ou irritée 0,79 0,70 0,146 -11
Desquamation et démangeaisons du cuir chevelu ou des oreilles 0,37 0,30 0,256 -19
Mains sèches, démangeaisons 1,23 0,97 0,0025 -21

Aucun changement n’a été observé dans la concentration de spores de champignons suite à l’introduction de plantes et d’un éclairage amélioré (Fjeld & Bonnevie 1999).

Le chef du département a rapporté une diminution approximative de 15% à 5-6% des absences à court terme pour raison de maladie pendant la durée de l’expérience, due principalement, selon elle, aux changements opérés dans l’environnement de travail (Langli, T. pers. com.).

Une étude de suivi réalisée par Bingen et al (1999) montra que les plaintes dues à des symptômes de maladie et d’inconfort 11 mois après l’introduction de plantes et l’amélioration de l’éclairage conservaient un niveau inférieur à celui préalable à l’intervention.

Étude 3. Effets de plantes d’intérieur à feuillage et de lumière fluorescente à spectre complet sur les symptômes de maladie et d’inconfort parmi des écoliers

Suite à des problèmes sensibles de la qualité de l’air dans les classes, un total de 6 classes dans deux écoles norvégiennes ont été équipées de plantes et d’un éclairage fluorescent à spectre complet. Six classes supplémentaires ont été conservées comme classes de contrôle.

En août 1998, les 6 classes ont été équipées de plantes tropicales d’intérieur dans un système Bioprocessus (l’air intérieur passe par la zone terre/racine). La source lumineuse a été modifiée avec des lampes fluorescentes à spectre complet (True-Lite de Duro-Test) et le niveau d’irradiance augmenté à 600-800 lux. Dans le lycée, les fenêtres ont été remplacées pour améliorer la circulation de l’air.

Entre avril 1998 et avril 1999, une enquête a été menée parmi les élèves et les enseignants, au moyen de 4 questionnaires différents. Des informations ont été collectées sur les symptômes de bien-être, de maladie et d’inconfort, ainsi que la capacité de travailler de manière concentrée.

Les résultats ont révélé un changement significatif du à la modification de l’environnement intérieur :

L’étude sémantique a démontré que les élèves des classes nouvellement disposées faisaient une évaluation plus positive de leur classe que le groupe de contrôle. Les élèves des classes avec plantes ont aussi mieux coté la qualité de l’air intérieur éprouvé personnellement (tableau 2).

Tableau 2. Changement du niveau de satisfaction de 7 caractéristiques de la classe entre avril 1998 et avril 1999. Une diminution du niveau de score signifie que les élèves sont davantage satisfaits de leur classe. (Fjeld et al. 2000)

Caractéristique Contrôle Groupe d’intervention Valeur P
Dynamisante – Ennuyante +0,46 +0,04 0,006
Spéciale – Ordinaire -0,06 +0,20 0,18
Belle – Laide +0,73 -0,10 0,0000
Espace suffisant – Peu d’espace +0,48 +0,37 0,57
Lumineuse – Sombre +0,29 -0,19 0,0015
Confortable – Inconfortable +0,45 -0,14 0,0009
Bonne qualité de l’air – Mauvaise qualité de l’air +0,13 -1,20 0,0000

La somme des symptômes (somme des plaintes relative à la santé) a diminué de 9% pendant la période du projet parmi les élèves des classes aménagées, tandis que le groupe de contrôle a rapporté une augmentation de 12% pendant la même période (tableau 3). Les élèves souffrant d’asthme et/ou de problèmes allergiques ont manifesté la même tendance symptomatique que le reste (données non affichées).

Tableau 3. Somme des scores pour 10 symptômes de maladie et d’inconfort parmi le groupe de contrôle (n=148) et le groupe d’intervention (n=140) des élèves. DIFF présente la différence de somme des scores symptomatiques entre avril 1998 et avril 1999. (Fjeld et al. 2000)

Date,Contrôle,Intervention
Avril 1998, 11.9,12.2
Novembre 1998, 13.0, 10.1
Février 1999,13.5,11.9
Avril 1999, 13.3, 11.1
DIFF, 1.4 -1,1
Valeur P 0,0013

Les plaintes relatives à la fatigue, aux irritations oculaires et à la toux ont sensiblement diminué parmi les élèves des classes aménagées. Une aptitude sensiblement supérieure à travailler de manière concentrée a été observée parmi les élèves des classes avec plantes. Ces derniers ont aussi montré une réduction significative des absences pour cause de maladie pendant l’année scolaire 1998/99.

La concentration de composés organiques volatiles a diminué de 35% dans les classes avec plantes. Aucune différence n’a toutefois été constatée pour les spores de champignon entre les deux types de classe ; les plantes et les supports de croissance semblent donc n’avoir eu aucun effet sur la présence de champignons ou de spores de champignon (Fjeld et al. 2000).

Étude 4. Évaluation de l’utilisation de plantes à feuillage et lumière du jour artificielle parmi le personnel de bureau sur les plaintes relatives à la santé et au bien-être, et l’absence pour maladie.

Sur base des données des études précédentes, il était nécessaire de tenter de distinguer les effets des plantes de ceux de la lumière du jour artificielle. Une petite enquête fut donc menée parmi des employés de bureau à Nordea Bank, Oslo, entre novembre 2001 et mars 2002.

Au total, 48 employés de bureau ont participé. Des informations relatives à la santé et au bien-être des participants ont été collectées à deux reprises avant de modifier leur environnement de travail, et à trois reprises après l’intervention.

L’environnement de travail a subi les modifications suivantes : 16 personnes ont reçu des plantes sur leur bureau près de leur ordinateur, 10 personnes ont reçu un nouvel éclairage en modifiant les sources de lumière pour obtenir un spectre plus proche de la lumière du jour, 10 personnes ont reçu à la fois des plantes sur leur bureau et un nouvel éclairage, tandis que 12 personnes ont servi de groupe de contrôle.

Tableau 4. Effets des différents environnements de travail sur les plaintes auto rapportées de maladie et d’inconfort parmi les employés. 1 = aucune plainte 2 = peu de plaintes, 3 = quelques plaintes, 4 = plaintes graves. Les participants devaient décrire leurs sensations au cours de la semaine écoulée. (Fjeld et Bonnevie 2002)

PLAINTES  CHANGEMENT ENVIRONNEMENTAL  Plantes Nouveléclairage Plantes + nouvel éclairage Contrôle Niv.designif.
Fatigue 2,1 2,4 2,2 2,5 Ns
Sensation de tête lourde 2,1 2,3 1,6 2,6 ***
Mal de tête 1,7 1,7 1,4 2,1 *
Problèmes de concentration 1,7 1,9 1,9 1,9 Ns
Démangeaisons et irritations oculaires 1,8 2,1 1,2 2,4 ***
Gorge sèche, enrouée ou irritée, démangeaisons 1,7 2,0 1,7 2,3 Ns
Toux 1,5 1,7 1,6 2,2 **
Peau du visage sèche ou irritée 2,0 2,4 1,6 2,5 *
Peau des mains sèche ou irritée 2,2 2,7 1,5 3,0 ***
Raideur ou douleurs des épaules et/ou du cou 2,3 2,5 2,2 2,5 Ns
Niveau moyen de plaintes 1,9 2,2 1,6 2,4 ***

Le tableau 4 montre un niveau de plainte sensiblement plus bas parmi les employés avec des plantes sur leur bureau. Le niveau de plainte est le plus bas lorsque les plantes s’accompagnent d’une modification de l’éclairage. La réduction des plaintes est moindre si l’éclairage seul a été transformé en lumière du jour artificielle.

L’évaluation sémantique de l’environnement de travail par les participants permet de conclure qu’un changement d’éclairage seul n’affecte pas le niveau de satisfaction de l’environnement visuel.

En introduisant des plantes sur les bureaux ou en combinant les plantes et l’amélioration de la lumière, l’évaluation de l’environnement de travail est sensiblement plus positive : le score est de 2,9 pour le groupe de contrôle et le groupe avec changement d’éclairage, comparativement à 2,4 après l’introduction de plantes et 2,2 avec une association des plantes et d’un nouvel éclairage (scores: 1 = très satisfaisant, 3 = niveau de satisfaction moyen, 5 = très insatisfaisant) (Fjeld et Bonnevie 2002).

Discussion

Il peut y avoir plusieurs explications aux résultats obtenus :

Effet sur la qualité de l’air

effets des plantes sur la qualité de l'air

Des rapports publiés pendant les années 80 indiquent que les plantes d’intérieur peuvent avoir la capacité de réduire la concentration des composés chimiques présents dans l’air. Les feuilles, les tiges et les racines s’associent à des micro-organismes vivant dans la zone des racines et créent un écosystème capable de fonctionner comme un système de filtration de l’air.

Bill Wolverton et son groupe de recherche ont démontré dans des études de laboratoire que les plantes utilisées comme ordinairement dans les habitations pouvaient réduire la concentration de différents composés chimiques présents dans l’air. Isolées dans des chambres de croissance hermétiques, les plantes ont réduit la concentration des produits chimiques auxquels elles ont été exposées.

Parmi les produits testés, citons le formol, le benzène, le trichloroéthylène, le monoxyde de carbone et l’oxyde d’azote. Environ 20 espèces de plantes différentes ont été utilisées (Wolverton et al. 1989).

Des études allemandes et australiennes plus récentes ont confirmé la capacité des plantes et de l’écosystème constitué par les plantes et les micro-organismes, à devenir de puissants purificateurs d’air, même en cas de faible concentration de produits chimiques (Schmitz 1995, Wood et al. 1999).

Cet écosystème purificateur d’air nécessite un certain délai (environ 14 jours) pour s’adapter aux produits chimiques présents dans l’air. Le système semble indépendant de la lumière (ce qui signifie que l’activité photosynthétique des plantes est moins importante que l’activité symbiotique des racines et des micro-organismes), du moins après adaptation à l’environnement.

Le corps humain est lui aussi capable de détecter un changement de la qualité de l’air intérieur dans des concentrations largement inférieures à celles figurant dans les directives officielles, comme l’ont démontré Forsberg et son équipe (1997) de spécialistes en médecine du travail. Autrement dit, même une légère modification des impuretés chimiques présentes dans l’air peut influencer les symptômes de maladie et d’inconfort.

Des tests effectués aux États-Unis et en Grande-Bretagne ont démontré que les plantes peuvent aussi augmenter le taux d’humidité de l’air intérieur. Il a été démontré que si l’air n’était pas ventilé, l’humidité pouvait passer de 0 à quasiment 15%. Dans une pièce ventilée, l’augmentation peut être de 3 à 5 % (Lohr 1992a).

Les plantes avec un taux de transpiration élevé sont celles qui augmentent le plus l’humidité de l’air. Le nombre de plantes présentes dans la pièce exerce évidemment un grand impact. L’effet humidifiant des plantes pourrait s’avérer important puisque de nombreux environnements intérieurs souffrent d’un taux d’humidité trop faible.

Les plantes présentes dans une pièce peuvent réduire le taux de poussières dans l’air, comme l’ont constaté Lohr et Pearson-Mims (1996). La concentration de poussières dans l’air intérieur est souvent trop élevée et pourrait irriter les muqueuses de l’œil et de l’appareil respiratoire (gorge, nez).

Une augmentation du taux d’humidité de l’air peut lier davantage de poussières et donc réduite les plaintes en la matière. Une grande surface de feuille favorise probablement la sédimentation des poussières présentes dans l’air, réduisant ainsi leur concentration.

Nous pensons logiquement que les plantes placées à proximité d’un ordinateur (où la concentration des poussières et le niveau d’électricité statique sont souvent élevés) pourraient réduire les irritations de l’appareil respiratoire provoquées par des particules chargées. Le microclimat qui serait ainsi créé autour des plantes est davantage susceptible d’affecter la perception de la qualité physique de l’air si les plantes sont disposées à proximité des individus et à une place où ils seront exposés à ce microclimat un certain temps pendant leurs journées de travail.

Ceci correspond aux résultats rapportés par Dortmont et Bergs (2001), qui ont conclu que l’efficacité et le bien-être au travail étaient sensiblement plus élevés parmi les employés passant plus de 4 heures à leur ordinateur si leur bureau étaient équipé de plantes.

Effets psychologiques

Les plantes constituent une partie du système écologique original dans lequel l’espèce humaine a évolué. Les espèces de plante que nous connaissons aujourd’hui existent de manière identique depuis environ 140 millions d’années.

Le développement de l’être humain a débuté il y a seulement 3 à 4 millions d’années, aboutissant à l’apparition de l’homo sapiens il y a moins de 50.000 ans. En d’autres termes, toute l’évolution humaine s’est déroulée en contact étroit avec la nature et la végétation.

Il est intéressant de noter que seuls de très petits changements se sont produits dans la constitution biologique, physiologique et génétique de l’homme au cours de la dernière période. Nous sommes fondamentalement le même type d’être humain qu’à l’âge de la pierre, il y a 10.000 ans.

Par contre, l’environnement a subi un changement considérable depuis lors, surtout pendant la toute dernière période. Les changements les plus significatifs sont apparus avec la révolution industrielle il y a 250 ans, débouchant sur l’urbanisation moderne des 50 à 100 dernières années.

L’homme moderne semble pourtant souvent oublier qu’il fut l’un des éléments actifs d’une biosphère vivante, puisque ce développement nous a fait perdre notre contact étroit et notre dépendance envers la nature, pour nous plonger en contact étroit avec des éléments artificiels, dans un environnement constitué essentiellement d’édifices construits par l’homme.

L’être humain présente une grande capacité d’adaptation à l’environnement, à de nouvelles exigences et de nouvelles situations. D’un autre côté, certains constats soulignent les limites de cette adaptation.

L’augmentation de l’asthme, des allergies, du diabète et des maladies cardio-vasculaires indique que le nombre toujours croissant d’éléments artificiels dans notre environnement, le changement de notre régime alimentaire et la diminution de l’activité physique, voire également une augmentation des facteurs de stress mental, dépassent la flexibilité de notre système biologique.

D’un autre côté, il n’était pas très difficile de prévoir que le corps réagirait de cette façon puisque nous savons qu’il est constitué de manière à relever les défis présentés par la nature et les événements naturels. En outre, aucun changement génétique significatif n’est apparu ces 100 dernières années permettant l’adaptation du corps humain au nouvel environnement plus ou moins artificiel fabriqué par l’homme.

A l’égard des aspects psychologiques de notre santé et de notre bien-être, le mode de vie moderne expose aussi l’homme à de nouvelles situations. Les études portant sur l’influence mentale de notre milieu et notre environnement sont appelées psychologie environnementale. Des études dans ce domaine ont clairement démontré que le bien-être et le niveau de stress psychologique et physiologique sont sensiblement influencés par notre environnement direct.

Nos études soutiennent l’idée que les êtres humains préfèrent les aménagements avec une forte présence de végétation. D’après Ulrich et Parsons (1992), ce penchant semble être indépendant de l’arrière-plan culturel. Une vue sur une végétation abondante peut même favoriser la guérison du stress (Ulrich et al. 1991).

D’après Roger Ulrich, psychophysiologue environnemental à l’université A & M du Texas, même un bref contact visuel avec des plantes pourrait s’avérer important pour favoriser le rétablissement suite aux effets nuisibles des trajets, de la pression au travail et autres facteurs de stress que rencontrent la plupart des citadins chaque jour.

Notre style de vie citadin implique que nous passions 80 à 90% de notre temps à l’intérieur (du moins dans les pays scandinaves). Ceci devrait vraiment souligner l’importance de la qualité de l’environnement intérieur, non seulement s’agissant de la composition physique et chimique de l’air intérieur, mais aussi la façon dont l’aménagement intérieur peut nous influencer psychologiquement.

Après avoir visionné une vidéo stressante sur un accident du travail, de jeunes diplômés participant à une étude américaine ont visionné soit une vidéo sur un environnement urbain pauvre en nature, soit une vidéo avec un décor naturel (verdure) (Ulrich & Parsons 1992).

Les résultats ont indiqué que le rétablissement du stress induit était beaucoup plus rapide et plus complet si les étudiants étaient exposés à des éléments naturels, dominés par la présence de végétation verte. Ce rétablissement accru était indiqué par une réduction plus rapide et plus importante de la tension artérielle et de la tension musculaire.

Plusieurs études montrent que même le décor visible par la fenêtre peut influencer notre bien-être et notre santé. Une étude réalisée en milieu hospitalier a permis de prendre en considération les influences bénéfiques sur les patients d’une vue sur la nature depuis leur lit (Ulrich 1984).

Les données du rétablissement après une intervention chirurgicale ont été comparées entre deux groupes de patients pratiquement identiques à l’exception de la vue depuis leur fenêtre : un groupe pouvait admirer des arbres, alors que l’autre avait vue sur un mur de briques.

Les patients avec la vue ‘verte’ ont connu un séjour hospitalier postopératoire moins long, ont eu moins besoin d’injections d’antalgiques puissants et ont eu tendance à connaître moins de complications postopératoires mineures comme les maux de tête ou les vertiges persistants.

Une étude suédoise a conclu que si les employés pouvaient apercevoir de la verdure par la fenêtre de leur bureau, le stress rapporté pendant les journées de travail était sensiblement moins élevé que celui des employés avec une vue sur des endroits dépourvus de végétation, comme des rues et des emplacements de parking (Grahn 1993).

Virginia Lohr de la Washington University a mené un test informatique sur des étudiants et constaté que la tension artérielle systolique était inférieure et la performance, mesurée en temps de réaction pendant le test, était plus élevée si des plantes étaient présentes dans le local informatique (Lohr et al. 1996).

Il est donc probable que la végétation intérieure puisse modifier l’environnement de telle manière qu’il corresponde mieux à nos réflexes de réaction positive envers des éléments de nature et puisse donc influencer le niveau de stress mesurable dans le corps.

Lorsque les individus expriment spontanément une préférence positive pour les plantes (d’intérieur ou d’extérieur), affirmant ainsi que leur bien-être s’en trouve amélioré ou que l’environnement en devient plus ‘agréable’ ou plus relaxant, cela reflète probablement l’interaction entre l’effet psychologique et la réaction physiologique du corps.

L’effet de l’éclairage

Dans les trois études norvégiennes, des lampes fluorescentes à spectre complet ont été utilisées afin de créer un environnement lumineux semblable à la lumière du jour naturelle. Un changement d’éclairage peut produire des effets à la fois visuels et non visuels.

Les résultats d’études sur la dépression saisonnière (dépression hivernale aussi appelée SAD (‘seasonal affective disorder’)) semblent indiquer que le niveau de lumière et la qualité de la lumière pourraient influencer la santé et le bien-être, en particulier en exerçant des effets neuropsychologiques (Lingjærde 1996, Slotten 1997, Rosenthal et al. 1984). Les résultats obtenus dans les études 2 et 3 pourraient donc révéler une interaction entre les effets des plantes et les effets de la lumière.

L’effet ‘Hawthorne’

Les résultats des études norvégiennes pourraient aussi s’expliquer par l’influence d’une attention plus soutenue (le dit ‘effet Hawthorne’) ; les employés réagissant plus positivement à cause de l’attention accrue dont ils font l’objet pendant le projet.

Dans toutes les études menées dans un environnement de travail pratique, les individus sont influencés par le facteur psychologique de l’attention accrue. Les chercheurs ont tenté de minimiser cet effet dans les études de bureau en donnant au groupe de contrôle l’opportunité d’accrocher un poster sur la nature au mur de leur bureau ou en leur témoignant un peu plus d’attention via le personnel soignant.

Dans l’étude menée au département de radiologie, 6 des participants ont été interviewés 11 mois après l’intervention (Bingen et al. 1999) pour obtenir des informations sur les effets à long terme.

Ce suivi a clairement indiqué que les effets du changement d’environnement conservaient un impact significatif. Un effet de type ‘Hawthorne’ n’aurait par contre pas résisté à une durée de 11 mois.

Nous considérons donc cet effet de l’attention accrue comme étant d’une importance mineure dans l’explication des présentes études.

Conclusion

Nos études ne visaient pas à disssocier les facteurs éventuellement en interaction pouvant expliquer les résultats obtenus. Nous ne sommes donc pas en mesure de quantifier les effets dus à un changement de la qualité de l’air par rapport aux effets dus à des réactions psychologiques ou réductrices de stress.

Toutefois, si ces résultats norvégiens sont étayés par de la documentation provenant d’études de laboratoire sur la phytophysiologie et des documents relevant du domaine de la psychologie environnementale, la capacité des plantes d’intérieur d’agir comme un outil intéressant dans l’amélioration de l’environnement intérieur est clairement établie.

Nous pouvons même anticiper que l’utilisation de plantes d’intérieur pourrait affecter la productivité, la satisfaction au travail et même les absences pour maladie.

D’un point de vue économique, il devrait donc s’avérer très intéressant de définir les plantes comme un élément à part entière de l’environnement de travail, puisque seuls de petits investissements sont nécessaires pour établir un environnement intérieur ‘vert’. En outre, le bien-être personnel et la qualité de la situation de travail quotidienne peuvent être renforcés pour les employés (un résultat probablement tout aussi important).

Références

 

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